facebook
twitter
Instargram
youtube
wikipedia
wordpress
printerest

French English

UKIYO-E


« Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable ; [...] ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c’est ce qui s’appelle Ukiyo. »

Asai Ryoi ( ? – 1691), Contes du monde flottant, vers 1660

        Pendant l’époque Edo (1615-1868), certaines écoles d’art sont favorisées par les classes supérieures. À Edo, les samouraïs (la classe politique dirigeante, à la tête de laquelle se trouve le shogun) sont les mécènes de l’école de peinture Kano. À Kyoto, siège de la cour impériale, le style de peinture Yamato-e, qui s’inscrit dans une longue tradition japonaise, est favorisé. Au XVIIe siècle cependant, ces deux écoles « officielles » deviennent conservatrices, donnant naissance de nouvelles formes artistiques. Parmi elles le Bunjin-ga, le Shasei-ga, le Yofu-ga, et l’Ukiyo-e. Ukiyo-e signifie « images du monde flottant », et doit être mis en rapport avec les principes bouddhistes de fugacité de l’existence humaine. Illustrée par des séries d’estampes, cette nouvelle forme d’art tend à refléter ce monde flottant et éphémère à travers les préoccupations hédonistes de la vie citadine, principalement des scènes représentant les courtisanes et les acteurs de Kabuki du « quartier des plaisirs » d’Edo. Dès son apparition, l’Ukiyo-e est destiné à l’homme de la ville.

        Bien que les estampes s’inscrivent dans une très longue tradition de l’art japonais (sans doute la plus ancienne au monde), elles n’atteignent pas la culture populaire avant le XVIIe siècle et les illustrations de romans populaires appelés tanroku-bon. Cependant, leur style est celui des élégantes peintures de l’Yamato-e. Grâce à l’apparition d’un nouveau genre littéraire, le Kanazoshi, le style des illustrations évolue et préfigure l’Ukiyo-e à venir. Celui-ci gagne en popularité et bientôt, un public plus raffiné se met à passer commande auprès des artistes et des artisans connus de l’Ukiyo-e. En 1765, une technique apparaît qui permet d’imprimer en couleur. Alors qu’auparavant les estampes étaient monochromes puis peintes à la main, les impressions peuvent maintenant être polychromes. Ces avancées technologiques conduisent les artistes à repousser les limites de l’estampe, faisant du style Ukiyo-e un moyen d’expression artistique puissant. Il s’agit aussi d’un mode artistique collaboratif puisque chaque estampe requiert le travail conjoint de l’artiste, du graveur, de l’imprimeur et de l’éditeur.

La fabrication d’une estampe Ukiyo-e

        L’artiste réalise un dessin préliminaire ainsi qu’une copie plus précise d’où sera tirée l’estampe. Après avoir été soumis à la censure puis approuvé, le dessin est envoyé au graveur qui le colle contre une planche de bois et évide les zones blanches. Les impressions seront faites en noir à partir de cette planche. Le peintre choisit ensuite les couleurs à ajouter sur les différentes impressions monochromes. Suivant ses instructions, le graveur crée des planches destinées aux couleurs. Une fois que les premières impressions en couleur sont réalisées, elles doivent être corrigées au besoin et approuvées par l’artiste et l’éditeur. Après cela, l’estampe définitive est réalisée. Il est intéressant de noter que l’éditeur supervise l’intégralité du processus puisqu’il détient les droits sur les estampes produites.

Les Célèbres Séries de Hokusai

Trente-Six Vues du mont Fuji (vers 1830-1835)

Katsushika Hokusai 1830 1832

Sous la Grande Vague au large de la côte à Kanagawa
(Kanagawa oki namiura), aussi connu sous le nom La Grande Vague,
de la série Trente-Six Vues du mont Fuji (Fugaku Sanjurokkei),
vers 1830-1832.
Nishiki-e (gravure sur bois polychrome), 25,9 x 38 cm (oban).
The Metropolitan Museum of Art, New York.

        Les Trente-Six Vues du mont Fuji constituent une série majeure d’estampes, non seulement pour leur qualité esthétique mais aussi pour leur thème. L’intégralité de la série, comme son titre l’indique, est consacrée au mont Fuji. Ce volcan de 3 776 mètres de haut, visible depuis Edo les jours de beau temps, n’a eu de cesse d’inspirer poètes et peintres.

        Dans ses remarquables représentations du mont, qui sont au nombre de quarante-six et non de trente-six comme le dit le titre, Hokusai crée un équilibre entre la peinture japonaise traditionnelle et les influences occidentales.

Avant que Hokusai ne s’empare de ce sujet, le paysage était considéré comme un simple arrière-plan pour les figures, généralement des acteurs ou des femmes à la mode. Des estampes de paysage existaient bien, mais elles étaient peu fréquentes et n’étaient pas considérées comme un genre à part entière. Produire une série uniquement consacrée à des paysages grand format constituait donc un pari risqué pour Hokusai et son éditeur. Elle s’avèrera par la suite une œuvre charnière dans l’histoire des estampes japonaises.

Voyage au fil des cascades des différentes provinces (1832)

        Cette série comprend huit vues de célèbres cascades situées dans diverses provinces japonaises. On ne sait pas pourquoi Hokusai choisit ce thème, mais il fut le premier à lui consacrer une série entière. Par-dessus tout, les cascades semblent lui avoir fourni un motif sur lequel essayer différentes possibilités esthétiques. Certaines d’entre elles coulent de manière abrupte tandis que d’autres sont entrecoupées par l’environnement. Bien qu’inspirées par l’observation de la nature, ces compositions font la part belle à l’imagination de Hokusai, donnant naissance à une série très intéressante qui, contrairement au Trente-Six Vues du mont Fuji, présente peu d’influences occidentales.

Katsushika Hokusai 1834 1835

La Cascade d’Amida, sur la route de Kiso
(Kisoji no oku Amida no taki), de la série Voyage au fil des
cascades des différentes provinces
(Shokoku Takimeguri),
1834-1835.
Nishiki-e (gravure sur bois polychrome), 38,7 x 25,9 cm (oban).
Honolulu Museum of Arts, Honolulu.

Miroir de la poésie chinoise et japonaise (1833)

Alors que les Trente-Six Vues du mont Fuji furent un succès commercial, la série Miroir de la poésie chinoise et japonaise était destinée en particulier à une élite cultivée et à une circulation restreinte. La série comprend dix compositions qui mettent chacune en scène un poète classique devant un paysage. Ces paysages représentent des lieux liés au poète ou aux décors évoqués dans leurs poèmes. Les allusions n’auraient pas été évidentes pour un plus large public, ce qui explique leur portée restreinte à une clientèle plus éduquée, et la rareté de cette série par rapport à d’autres ensembles plus populaires.

        Les accomplissements esthétiques de ces estampes reposent en grande partie sur leur harmonie de couleurs et leur gradation de teintes, qui devaient probablement sembler innovatrices à l’époque. Le nombre d’exemples de cette série étant en comparaison très limité, cela en fait l’une des favorites des chercheurs.

Katsushika Hokusai 1833 1834

Le Poète chinois Bai Juyi (Bai Juyi), de la série Miroir de la
poésie chinoise et japonaise
(Shiika shashinokyo), 1833-1834.
Nishiki-e (gravure sur bois polychrome), 52,1 x 23,2 cm (nagaban).
Honolulu Museum of Arts, Honolulu.

Cent Vues du mont Fuji (1834 - vers 1842)

        La série des Cent Vues du mont Fuji est communément admise comme le chef-d’œuvre d’illustrations de Hokusai. Les trois volumes qui composent la série furent un exemple majeur de production luxueuse, gravée par les meilleurs artisans de l’époque et imprimée en noir et nuances de gris. Ces illustrations montrent le génie créateur de Hokusai à travers une série de compositions originales fondées, une fois de plus, sur le mont Fuji.

        Hokusai intégra une courte autobiographie à la fin du premier volume, ce qui prouve qu’il voyait cette série comme une étape importante de sa carrière. C’est également attesté dans le fait qu’il signa d’un nouveau nom, Zen Hokusai Iitsu aratame Gakyorojin Manji (« l’ancien Hokusai Iitsu devient Gakyorojin Manji »). Et comme si ses principales œuvres ne l’avaient pas assez exprimé, Gakyorojin signifie « le vieux fou de dessin ».

Wise Men on Mount Fuji

Le Fuji du lettré, de la série Cent Vues du mont Fuji (Fugaku hyakkei),
vers 1834-1835.
Sumizuri-e (gravure sur bois monochrome), 18,8 x 25,3 cm.
Collection privée.


© 2014 by Confidential Concepts US.

FOLLOW US: